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Tudor Hilcu par THG Conseil

Plan de trésorerie à 13 semaines : le construire et le tenir

Près de 70 000 entreprises ont fait défaillance en France en 2025. Une tension de trésorerie se voit pourtant souvent venir plusieurs semaines à l’avance, à condition de la suivre à la semaine. L’outil le plus simple pour cela tient sur une seule feuille.

Auteur
Tudor HilcuFondateur & CEO, THG Conseil
Publié le
Lecture
6 min
Thèmes
Trésorerie, Crise
Sommaire7

Selon le bilan d’Altares, 69 957 entreprises ont fait défaillance en France en 2025, soit 3,1 % de plus qu’en 2024. La Banque de France, qui compte à sa façon, en recense 68 564 sur l’année, un niveau supérieur de 15,5 % à la moyenne des années 2010 à 2019. Les deux sources arrivent au même ordre de grandeur : près de 70 000.

Une défaillance a toujours plusieurs causes. Mais la tension de trésorerie qui la précède se voit souvent venir plusieurs semaines à l’avance, à une condition : la regarder à la semaine, pas au mois. L’outil qui le permet tient sur une seule feuille : le plan de trésorerie à 13 semaines.

Pourquoi treize semaines

Treize semaines, c’est un trimestre. C’est assez court pour que la prévision reste fiable : vous connaissez vos clients, vos commandes en cours et vos échéances. C’est assez long pour voir arriver la TVA, les échéances d’emprunt et les gros règlements fournisseurs, qui ne tombent pas tous les mois.

Pourquoi la semaine plutôt que le mois ? Parce qu’une trésorerie positive en fin de mois peut cacher une semaine intenable au milieu, celle où les salaires et la TVA partent avant que les clients ne paient. Le relevé de fin de mois ne la montre pas ; un plan à la semaine la fait apparaître.

C’est l’outil de référence des professionnels de la restructuration. Il n’a pourtant rien de réservé aux grandes entreprises : une PME peut le tenir seule, avec un tableur.

Le monter en une demi-journée

  1. Partez du solde réel de vos comptes bancaires, ce lundi. Le solde de la banque, pas celui de la comptabilité, et tous les comptes de l’entreprise additionnés. C’est la seule ligne du plan qui ne soit pas une prévision.
  2. Placez les encaissements semaine par semaine, à la date où chaque client paie vraiment. Pas à l’échéance de la facture : à la date habituelle de paiement, que votre historique vous donne. Une ligne par client important, une ligne pour tous les autres.
  3. Placez les décaissements : salaires, charges sociales, TVA, loyers, emprunts, fournisseurs. Rangez-les du plus obligatoire au plus discutable. Le jour où il faudra choisir, l’ordre sera déjà fait.
  4. Calculez le solde de fin de chaque semaine et repérez la première qui passe sous votre seuil de sécurité. Ce seuil, c’est le montant en dessous duquel vous ne voulez pas descendre. Fixez-le vous-même, avec votre expert-comptable si besoin.
  5. Mettez le plan à jour chaque vendredi. Remplacez la prévision de la semaine écoulée par le réalisé, regardez les écarts, ajoutez une semaine au bout. Un plan qu’on ne touche plus devient faux en deux semaines.
Exemple fictif, en chiffres ronds : solde de départ 80 000 €, seuil de sécurité fixé à 40 000 €
Semaine Entrées Sorties Solde
1 30 000 € 25 000 € 85 000 €
2 20 000 € 45 000 € 60 000 €
3 15 000 € 40 000 € 35 000 €
4 35 000 € 20 000 € 50 000 €
Point bas : semaine 3 35 000 €

En fin de mois, le solde paraît correct : 50 000 €. Mais la semaine 3, celle où tombent la TVA et une échéance d’emprunt avant les règlements clients, passe sous le seuil. C’est cette semaine-là que le plan sert à voir, un mois à l’avance.

Ce que le plan permet de décider

Le plan ne règle rien à lui seul : il vous donne du temps pour choisir.

Si une semaine passe dans le rouge à deux mois d’échéance, vous avez encore le choix : relancer les clients en retard, décaler un achat, parler à votre banquier, demander un étalement de vos dettes fiscales et sociales avec votre expert-comptable. Si elle passe dans le rouge la semaine prochaine, il reste beaucoup moins d’options, et elles coûtent plus cher.

Le plan sert aussi à préparer ces échanges. Un banquier lit plus volontiers un tableau semaine par semaine, avec ses hypothèses écrites, qu’un appel inquiet. Et dès que la situation touche au droit ou à la comptabilité, les décisions se prennent avec votre avocat et votre expert-comptable, et le plan leur apporte les chiffres dont ils ont besoin pour vous conseiller.

Ce que j’en ai appris

J’ai dirigé pendant six ans un club de sport premium à Paris. J’y ai découvert le côté du pilotage qu’on ne voit pas dans les grands groupes : la paie à verser chaque mois, et la trésorerie qu’on regarde de près quand la banque tarde à répondre. En 2020, le club a fermé du jour au lendemain sur décision de l’État, et il a tenu.

Pendant huit ans, j’ai aussi tenu des budgets de programmes pour de grands groupes. La leçon est la même des deux côtés : un tableau qu’on ne met pas à jour au rythme des décisions finit par ne plus servir à décider.

Ce que le plan ne fait pas

Le plan à 13 semaines est une prévision : il se trompe, et c’est pour cela qu’on le corrige chaque vendredi. Il ne remplace ni la comptabilité, ni le travail de votre expert-comptable, ni les procédures prévues par la loi quand la situation l’exige. Les questions de droit et de comptabilité se traitent avec votre avocat et votre expert-comptable.

Par où commencer cette semaine

  • Notez le solde réel de vos comptes bancaires lundi matin.
  • Listez vos dix plus gros encaissements attendus, avec la date à laquelle chaque client paie vraiment.
  • Repérez sur les 13 prochaines semaines les dates des salaires, de la TVA et des échéances d’emprunt.

Trois listes, et la moitié du plan est faite. Le modèle gratuit vous évite de partir d’une feuille blanche.

Regardée à la semaine, la trésorerie laisse le temps de choisir.

Pour gagner du temps, le modèle gratuit de plan de trésorerie à 13 semaines se télécharge d’un clic, sans inscription. La grille des 12 signaux d’alerte commence justement par celui-ci : découvrir sa trésorerie au lieu de la prévoir. Si la tension est déjà là, Traverser une crise décrit comment je peux intervenir, et le diagnostic express prend deux minutes, et rien n’est envoyé : vous choisissez ensuite de m’appeler ou de m’écrire.

Sources

Chiffres vérifiés le 5 octobre 2026.

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