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Tudor Hilcu par THG Conseil

Augmenter ses bénéfices sans tout couper : par où commencer

Quand les bénéfices stagnent, le premier réflexe est souvent de réduire toutes les dépenses du même pourcentage. C’est rapide, c’est visible, et c’est rarement la meilleure décision. Avant de couper, il faut savoir où l’entreprise gagne de l’argent, et où elle en perd.

Auteur
Tudor HilcuFondateur & CEO, THG Conseil
Publié le
Mis à jour le
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5 min
Thèmes
Rentabilité
Sommaire6

Le coup de rabot a un mérite : il se décide en une réunion. Chaque responsable reçoit une consigne, moins dix pour cent par exemple, et chacun s’exécute. Le problème, c’est qu’il traite de la même façon ce qui rapporte et ce qui coûte. On réduit l’effort commercial d’une offre rentable autant que celui d’une offre qui perd de l’argent. On décale un recrutement utile et l’on garde un abonnement que plus personne n’ouvre. Quelques mois plus tard, les coûts ont un peu baissé, la marge aussi, et l’équipe a compris que la direction ne savait pas où regarder.

Viser des bénéfices en hausse est un objectif légitime. Mais il se travaille levier par levier, et dans un ordre précis.

D’abord, la carte de la marge

Avant toute décision, une question : où votre entreprise gagne-t-elle de l’argent ?

La réponse tient dans un tableau simple. Une ligne par offre, par client important ou par site. Pour chaque ligne : le chiffre d’affaires, les coûts variables directs (achats consommés, sous-traitance, commissions, transport) et la différence entre les deux, la marge sur coûts variables. En dessous, les coûts fixes : loyers, salaires des fonctions support, abonnements, assurances, remboursements d’emprunt. Enfin, le point mort, qui se calcule en divisant les coûts fixes par le taux de marge. C’est le chiffre d’affaires qu’il faut atteindre avant de gagner le premier euro.

Ce tableau peut surprendre. Il arrive qu’une offre présentée comme phare vive grâce aux autres, qu’un client important coûte plus en remises et en délais de paiement qu’il ne rapporte, ou qu’un seul site porte l’ensemble. Tant que ce tableau n’existe pas, chaque décision d’économie reste un pari.

Sept leviers à examiner

  1. Les prix et les conditions. Des prix inchangés depuis longtemps alors que vos coûts ont monté. Des remises accordées au cas par cas et jamais revues. Des conditions de paiement qui font financer vos clients par votre trésorerie. Une hausse de prix préparée, expliquée et appliquée aux bonnes offres agit directement sur la marge.
  2. Le mix. Vendre davantage de ce qui rapporte et moins de ce qui coûte. C’est souvent une question d’effort commercial, d’objectifs et de rémunération des vendeurs, plus qu’une question de stratégie.
  3. Les achats et les prestataires. Des contrats reconduits sans mise en concurrence, des volumes qui ont changé depuis la signature, des options payées et inutilisées. Une renégociation se prépare : savoir ce que l’on consomme vraiment, ce que l’on a engagé, et quelles alternatives existent.
  4. Les coûts fixes. Chacun a été, un jour, une décision. Loyer et surfaces, abonnements, contrats pluriannuels, organisation des fonctions support : tout se relit, en commençant par ce qui arrive bientôt à échéance ou à révision.
  5. Les projets à arrêter. Beaucoup d’entreprises portent des projets internes qui consomment du budget et du temps sans bénéfice mesuré. Arrêter un projet libère de l’argent et, surtout, des personnes. C’est l’un des leviers les moins utilisés, parce qu’il oblige à reconnaître qu’un projet ne valait plus la peine.
  6. Le temps perdu. Des heures à consolider des tableaux, des réunions qui ne décident rien, des circuits de validation à rallonge. Automatiser le reporting, y compris avec l’IA, et faire décider les comités rend du temps aux équipes qui vendent et qui produisent.
  7. L’argent immobilisé. Les créances clients et les stocks ne créent pas de bénéfice à eux seuls. Mais ils coûtent : en financement, en frais, en options perdues. Les réduire donne de l’air pour travailler les six autres leviers.

Gains visés, gains sécurisés

Un levier n’est pas un gain. Pour chacun, il faut écrire le gain visé, son coût, son risque, un responsable et une date. Puis, chaque mois, distinguer deux colonnes : les gains visés, et les gains sécurisés, c’est-à-dire réalisés ou signés.

C’est entre ces deux colonnes que la plupart des plans d’amélioration se perdent. Le gain reste « en cours » pendant des mois, personne n’ose le retirer, et le total affiché devient une fiction. La discipline consiste à regarder l’écart en face, chaque mois, et à décider : on accélère, on corrige, ou on abandonne en connaissance de cause.

Ce que j’en ai appris

J’ai pratiqué plusieurs de ces leviers dans des cadres très différents. Pour The Walt Disney Company, je tenais le lien direct avec le contrôle de gestion d’un programme ERP et WMS. J’y ai rationalisé des coûts par l’analyse des dépenses, négocié avec cinq partenaires sur les coûts et les jalons, puis arbitré, une fois le système en service, entre maintenance, correctifs et nouvelles évolutions. Pour GRDF, j’ai contribué à optimiser les dépenses d’un domaine informatique en analysant les coûts et en négociant avec les fournisseurs.

Ce que la méthode ne promet pas

Aucune méthode ne garantit une hausse des bénéfices. Votre marché, vos concurrents, le prix de l’énergie ou des matières décident aussi. Ce que la méthode apporte, c’est de travailler sur les leviers qui comptent plutôt que sur tous à la fois, et de savoir chaque mois lesquels tiennent leurs promesses.

Par où commencer cette semaine

  • Calculez la marge de vos trois principales offres, ou de vos dix principaux clients.
  • Listez les coûts fixes signés depuis deux ans, avec leur date d’échéance ou de révision.
  • Choisissez un projet interne et posez la question à voix haute : que se passerait-il si on l’arrêtait demain ?

Trois tableaux, une heure de travail, et vous saurez où regarder.

Pour aller plus loin, la grille des 12 signaux d’alerte consacre une famille entière à la marge. Et si vous voulez en parler, le diagnostic express prend deux minutes, et rien n’est envoyé : vous choisissez ensuite de m’appeler ou de m’écrire.

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